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Le vrai défi de la robotique n’est pas technique

Tribune de Dominique Carricart le 16 avril 2026


Dans un contexte d’accélération de la robotisation industrielle et d’émergence des robots humanoïdes, les entreprises se concentrent souvent sur la performance technologique. Pourtant, comme le rappelle Dominique Carricart, expert du terrain, le véritable enjeu se situe ailleurs : dans l’acceptation humaine et l’intégration des équipes.

Une expérience terrain révélatrice dans l’industrie

Les premiers robots pour lesquels j’ai été embauché ont créé plus de tensions humaines que de problèmes techniques.

En 1996 J’ai 23 ans. Je débarque chez Renault, la tête pleine de nouvelles technologies. Les robots hydrauliques cèdent leur place aux robots électriques. Je suis enthousiaste. Impatient. Convaincu d’apporter quelque chose de nouveau.

Ce que je n’avais pas vu venir : les regards.

Des techniciens expérimentés, formés sur le terrain depuis des années, qui voyaient arriver une technologie qui remettait en question tout ce qu’ils savaient faire. Et un jeune sorti de l’école, persuadé d’apporter les bonnes réponses.

De la résistance. De la défiance. Un vrai choc de cultures.
Puis il y a eu un retournement que je n’avais pas anticipé.

Eux maîtrisaient la logique câblée, que l’école n’enseignait déjà plus. Moi j’avais appris les automates programmables. Nous avions chacun ce que l’autre n’avait pas.

La transmission s’est faite dans les deux sens.
L’expertise ne se résume pas au diplôme. Et l’intégration d’une technologie ne se résume pas à son installation.

Le vrai frein à la robotisation : une question invisible

Depuis 1996, j’ai accompagné des dizaines de projets robotiques dans différents secteurs industriels. J’ai formé des opérateurs, des techniciens, des responsables de production.

Et une constante s’impose.
Les projets échouent rarement pour des raisons techniques.

Ils échouent parce qu’une question fondamentale n’a pas été posée, ou posée trop tard :

« Est-ce que mon emploi va disparaître ? »

C’est la question que chaque salarié se pose en silence quand un robot arrive dans son atelier. Personne ne la dit à voix haute. Mais elle est là, partout, tout le temps.

Et les entreprises évitent souvent de l’aborder.
On parle de ROI, de cadence, de performance. On ne parle pas de peur.

Quand la peur devient un frein opérationnel

C’est une erreur. Parce que cette peur non adressée, c’est elle qui génère le rejet, le désengagement, le sabotage passif.

C’est elle qui fait qu’un robot tourne en dessous de ses capacités pendant des mois, ou que personne ne signale qu’il s’est arrêté.

Quatre réalités observées dans les projets robotiques

En tant que responsable achats, j’ai travaillé avec de nombreux fournisseurs robotisés. J’y ai observé quatre situations récurrentes.

La première : l’entreprise qui refuse. Trop complexe, trop risqué. La technologie existe, mais pas la volonté.
La deuxième : celle qui utilise un robot sur une tâche maîtrisée, et s’arrête là.
La troisième : celle qui a investi mais n’utilise plus le robot. La machine est là, à l’arrêt. Personne ne sait le reprogrammer.
La quatrième, la plus paradoxale : celle qui a tout misé sur les robots au point de supprimer le contrôle humain. Résultat : Des pièces non conformes, rejetées.

Quatre situations. Un seul enseignement.
Le problème n’est jamais le robot. C’est ce qu’on fait, ou ne fait pas, avec lui.

Cobots et humanoïdes : une nouvelle étape dans l’industrie

Avec les cobots, on a fait un premier pas : le robot travaille aux côtés de l’opérateur, sans cage.

Mais avec l’arrivée des robots humanoïdes, notamment visibles lors du Global Industrie 2026, une nouvelle dimension apparaît.

Leur promesse est séduisante : nos ateliers sont conçus pour des humains, un robot à forme humaine peut s’y intégrer sans tout reconstruire.

Mais leur impact ne sera pas seulement industriel. Il sera psychologique.
Un bras robotisé dans une cage, c’est une machine. Un humanoïde qui marche, qui saisit, qui vous regarde, c’est autre chose.

L’impact de l’IA sur tous les métiers

Pendant ce temps, l’intelligence artificielle ne touche plus seulement les gestes. Elle touche les métiers intellectuels.

L’inquiétude ne concerne plus uniquement l’opérateur de ligne.
Elle concerne l’ingénieur, le manager, le juriste.

Tout le monde.

Ce que les entreprises doivent changer

Après 30 ans, ma conviction est simple.
La réussite d’un projet robotique se joue autant dans les têtes que dans les technologies.

Trois choses concrètes à changer :

  • Poser la question de l’emploi dès le départ
  • Former avant de déployer
  • Reconnaître l’expertise terrain

Une transformation avant tout humaine

La robotique ne transforme pas une organisation seule.
Ce sont les femmes et les hommes qui décident de l’adopter. Ou de la rejeter.

Et c’est précisément cette dimension humaine qui fait la différence entre un projet robotique réussi… et un projet qui reste sur étagère.

La tribune complète se trouve sur le site de With In Robotics

Données clés sur la robotique industrielle

  • Moins de 1 % des entreprises industrielles sont aujourd’hui entièrement automatisées
  • Jusqu’à 70 % des projets robotiques rencontrent des résistances humaines internes
  • Le marché de la robotique industrielle affiche une croissance annuelle moyenne de +20 à +30 %
  • Les robots collaboratifs (cobots) sont parmi les segments les plus dynamiques du marché
  • Les robots humanoïdes devraient s’intégrer progressivement dans les environnements industriels d’ici 2030
  • L’intelligence artificielle étend désormais l’impact de la robotique aux métiers intellectuels
  • L’acceptation humaine est devenue un facteur clé de ROI dans les projets d’automatisation

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