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La robotique doit répondre aux grands défis écologiques et sociétaux

Catherine Simon

Crédit photo : © Tristan Reynaud

Catherine Simon
Conseillère Numérique Industriel
5G · Électronique · Robotique

Interview exclusive · Robot Magazine
La nouvelle révolution de la Physical AI

De l’époque d’Innorobo à l’émergence de la
Physical AI, Catherine Simon analyse les grandes transformations de l’industrie robotique.

Conseillère Numérique Industriel – 5G, Électronique, Robotique au Secrétariat général pour l’investissement, elle partage sa vision de l’IA générative, des robots autonomes, de la souveraineté technologique et des opportunités pour la France et l’Europe.

Robot Magazine : Quel regard portez-vous sur l’évolution de la robotique depuis l’époque d’Innorobo ?

Catherine Simon : Lors des premières éditions d’Innorobo, la robotique de service révélait déjà un potentiel immense à travers la diversité des formes et des domaines d’application – du médical à la logistique, en passant par l’agriculture, la maintenance des infrastructures ou l’exploration extrême.

À l’époque, les robots déployés étaient principalement des outils industriels spécialisés, conçus pour des tâches répétitives dans des environnements contrôlés.

L’IA générative est-elle en train de transformer durablement la robotique ?

Catherine Simon : Aujourd’hui, l’essor fulgurant de l’IA générative et la nouvelle frontière technologique de l’IA physique (Physical AI) transforment radicalement la robotique.

Elle n’est plus cantonnée à des niches industrielles ou à des démonstrations technologiques. En intégrant mécanique, électronique, connectivité et intelligence artificielle, la robotique conquiert sa dimension de « General Purpose Technology » (technologie d’usage général) et est en passe de révolutionner les secteurs industriels et de services, avec un potentiel de transformation profonde de notre économie et de notre société.

Cette évolution repose notamment sur :

  • L’agentification autonome : des robots capables de prendre des décisions en temps réel, sans intervention humaine ;
  • La perception multimodale augmentée : l’intégration de capteurs avancés – vision, toucher, audition – pour une compréhension fine de l’environnement ;
  • L’apprentissage actif et par renforcement : des systèmes adaptatifs qui s’améliorent en interagissant avec leur environnement ;
  • Les modèles de langage (LLM) : ils permettent une interface et une communication naturelles, notamment par la voix et les gestes, ce qui améliore sensiblement la collaboration hommes-machines, y compris pour les non-experts.

La France et l’Europe peuvent-elles encore devenir des leaders mondiaux de la robotique ? Quelle technologie aura, selon vous, le plus d’impact sur la robotique d’ici 2035 : l’IA générative, les humanoïdes ou une autre innovation ?

Catherine Simon : Face à la course technologique internationale, la France et l’Europe disposent d’atouts majeurs pour faire advenir des leaders mondiaux de la robotique.

Mais l’approche doit se distinguer de celle des États-Unis et de la Chine, qui investissent massivement dans la Physical AI et la robotique humanoïde avec une logique technocentrée, comme en témoignent les démonstrations spectaculaires de robots réalisant des saltos ou des marathons.

Là où ces puissances misent sur un « push » technologique – la technologie pour la technologie –, l’Europe et la France ont tout intérêt à adopter une stratégie tirée par la demande, en partant des besoins concrets des secteurs économiques stratégiques et en réponse à des enjeux environnementaux et sociétaux.

Il s’agit d’identifier des marchés porteurs où les besoins en robotique sont à la fois urgents et massifs, pour lesquels la France et l’Europe peuvent s’appuyer sur un écosystème industriel solide, alliant des grands groupes internationaux et leur chaîne de valeur, des PME innovantes, des laboratoires de recherche d’excellence ainsi que des compétences techniques et des talents, tant en développement matériel que logiciel.

Ensemble, ces acteurs couvrent toute la chaîne de valeur, assurant un continuum entre innovation et applications concrètes.

Construction et infrastructures : un marché de plus de 15 000 milliards de dollars

Le secteur de la construction et des infrastructures – BTP, infrastructures énergétiques, de transport, logistique et réseaux de communication –, avec un marché annuel estimé à plus de 15 000 milliards de dollars, illustre parfaitement cette dynamique.

Face à une pénurie de main-d’œuvre, une hausse des coûts des matériaux, une productivité stagnante et des impératifs écologiques croissants, la robotique offre à nos leaders mondiaux des innovations pour améliorer la productivité tout en réduisant les risques et la pénibilité des chantiers ainsi que leur empreinte environnementale, avec des robots capables d’intervenir sur des projets de chantiers en extérieur.

D’autres secteurs comme l’agriculture et l’agroalimentaire, la sûreté et la défense, la santé et le médical, le spatial ou encore l’exploration sous-marine sont également à considérer, pour répondre à des besoins avérés sur des marchés mondiaux majeurs, dans une logique de progrès technologique au service de la société.

En misant sur des secteurs stratégiques à haute valeur ajoutée, la France et l’Europe peuvent faire émerger des leaders mondiaux et définir un nouveau paradigme pour la robotique : une technologie utile, durable et souveraine.

Cette approche, à la fois pragmatique et ambitieuse, est la clé pour transformer les atouts européens en un avantage compétitif durable.

Quel conseil donneriez-vous aux entrepreneurs et aux ingénieurs qui construisent la robotique de demain ?

Catherine Simon : Pour les entrepreneurs, ingénieurs et techniciens qui développent et déploient les briques technologiques, matérielles et logicielles qui construisent les futurs de la robotique, l’enjeu est clair : il s’agit de répondre aux grands défis écologiques et sociétaux, et non de faire de la technologie pour la technologie.

L’objectif est de créer de nouvelles capacités pour l’homme afin de mieux comprendre, mieux produire et mieux vivre.

CS

Portrait
À propos de Catherine Simon

Catherine Simon est Conseillère Numérique Industriel – 5G, Électronique, Robotique au Secrétariat général pour l’investissement.

Figure reconnue de l’écosystème robotique français, elle est notamment à l’origine d’Innorobo, événement qui a contribué au développement et au rayonnement de la robotique en France et à l’international.

Propos recueillis par Robot Magazine.

 

FAQ – Catherine Simon : robotique, Physical AI et souveraineté européenne

L’IA générative et la Physical AI permettent aux robots de mieux percevoir leur environnement, d’interagir plus naturellement avec les humains et de prendre certaines décisions en temps réel. Les LLM peuvent notamment faciliter les interactions par la voix et les gestes.

La Physical AI associe intelligence artificielle et systèmes physiques capables de percevoir, comprendre et agir dans leur environnement. Elle combine notamment mécanique, électronique, connectivité, capteurs avancés et modèles d’intelligence artificielle.

Catherine Simon estime qu’elles disposent d’atouts importants : grands groupes industriels, PME innovantes, laboratoires de recherche, compétences techniques et talents. Leur avantage pourrait venir d’une robotique répondant directement aux besoins économiques, environnementaux et sociétaux.

La construction et les infrastructures constituent un marché particulièrement important, notamment face aux pénuries de main-d’œuvre, aux enjeux de productivité et aux contraintes environnementales. L’agriculture, l’agroalimentaire, la santé, la défense, le spatial et l’exploration sous-marine représentent également des secteurs stratégiques.

Plutôt qu’une approche uniquement technocentrée, elle défend une stratégie tirée par les besoins réels des marchés. L’objectif serait de développer une robotique utile, durable et souveraine, capable de répondre à des problématiques concrètes tout en valorisant l’écosystème industriel européen.

Elle les encourage à ne pas développer de la technologie uniquement pour la technologie. Selon elle, la robotique de demain doit répondre aux grands défis écologiques et sociétaux et créer de nouvelles capacités permettant à l’être humain de « mieux comprendre, mieux produire et mieux vivre ».

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Un article de Christophe Carle Louis

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