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La Chine et la robotique : Le Guide complet

Un marché en croissance exponentielle

La Chine domine aujourd’hui le marché mondial de la robotique, en particulier dans le secteur industriel. Le marché chinois pourrait passer de 47 milliards de dollars en 2024 à 108 milliards en 2028, avec un taux de croissance annuel de 23 %. Sur le plan domestique, il est passé de 6,2 milliards USD en 2022 à 6,6 milliards USD en 2023, ce qui témoigne d’une croissance solide même dans un contexte économique complexe.

Cette performance est soutenue par des investissements massifs en recherche et développement, des subventions et une stratégie publique claire, tous construits autour de l’initiative « Made in China 2025 », qui cible la robotique avancée comme un secteur stratégique clé.

Des politiques publiques pour soutenir l’innovation

Lancé en 2015, le programme Made in China 2025 vise à transformer la Chine en une puissance manufacturière intégrant des technologies de pointe, notamment la robotique, l’IA, les véhicules électriques et les nouveaux matériaux. Parmi ses objectifs figure l’autonomie dans les composants électroniques et les semi‑conducteurs, avec un taux de contenu domestique de 70 % d’ici 2025.

Même si l’usage du terme MIC2025 a été atténué dans les discours officiels, sa mise en œuvre reste active, avec un bilan estimé comme largement positif. La majorité des cibles industrielles ont été atteintes, particulièrement en robotique et véhicules électriques.

Les principaux acteurs chinois

AgiBot

Fondée en 2023 à Shanghai par Peng Zhihui, ancien ingénieur Huawei, AgiBot s’est rapidement imposée grâce à ses robots humanoïdes en production de masse dès fin 2024. La société revendique près de 1 000 unités produites d’ici décembre 2024, avec des ambitions de publication open source de ses modèles via sa plateforme AgiBot World. Elle se positionne en concurrent direct du robot Optimus de Tesla.

Unitree Robotics

Installée à Hangzhou, Unitree est connue pour ses robots quadrupèdes mais s’est tournée vers les humanoïdes avec des modèles comme le G1 puis le R1, lancé à moins de 40 000 yuans (~5 600 USD). C’est l’un des humanoïdes les plus abordables au monde, équipé d’une IA multimodale capable de traiter la voix et l’image. Ce modèle, capable de courir, faire des saltos et même des mouvements de boxe, a attiré autant d’enthousiasme que de débats sur sa fiabilité.

EngineAI

Basée à Shenzhen, EngineAI fait partie de la nouvelle génération d’acteurs. Elle a lancé en 2024 les robots SE01, SA01 et PM01. Le SE01 (170 cm, 55 kg, 32 degrés de liberté) peut courir à 2 m/s et exécuter un front flip inédit. Ces robots sont conçus pour des applications générales et optimisés par des réseaux neuronaux leur permettant des déplacements complexes.

Autres acteurs : Siasun et Leju Robot

Siasun Robotics, liée à l’Académie chinoise des sciences, se distingue depuis 2000 avec ses robots industriels et collaboratifs. De son côté, Leju Robot, fondée en 2016, a récemment livré sa 100e unité humanoïde et développe des séries dédiées à l’éducation et à l’assistance.

L’IA et la Chine

L’intelligence artificielle (IA) et la robotique sont devenues des piliers de la stratégie technologique de la Chine, propulsant le pays au rang de leader mondial dans ces domaines. Grâce à des investissements colossaux et à des politiques publiques ambitieuses, comme « Made in China 2025 », la Chine a intégré l’IA dans le développement de robots industriels et humanoïdes destinés à transformer l’industrie, les services et la société. L’IA permet aujourd’hui de doter les robots de capacités de perception et de décision avancées, les rendant plus autonomes et efficaces dans des environnements complexes.

Des entreprises comme AgiBot, Unitree Robotics ou EngineAI illustrent cette dynamique, en développant des humanoïdes capables de marcher, courir, interagir et même effectuer des tâches délicates en usine ou en milieu urbain. Ces robots, associés à des systèmes d’IA puissants, sont conçus pour augmenter la productivité tout en répondant à la pénurie de main-d’œuvre dans certains secteurs. La Chine voit également ces technologies comme un levier de souveraineté technologique, cherchant à imposer ses propres standards mondiaux. Parallèlement, des événements comme le semi-marathon de robots humanoïdes ou le déploiement expérimental d’agents robotiques dans les rues de Shanghai témoignent de l’intégration croissante de ces innovations dans la vie publique. Toutefois, cet essor soulève des défis éthiques, liés à la cohabitation homme-machine et aux risques de surautomatisation.

En associant IA, robotique et humanoïdes, la Chine se positionne à l’avant-garde d’une révolution industrielle et sociétale qui pourrait redéfinir les équilibres technologiques mondiaux et transformer profondément nos modes de vie et de production.

Événements qui font date

WAIC 2025 à Shanghai

Au World Artificial Intelligence Conference (WAIC) de juillet 2025, plus de 150 robots ont été exposés, dont 60 nouveaux modèles présentés par plus de 80 entreprises. Shanghai Electric a dévoilé SUYUAN, un robot industriel humanoïde doté de 38 degrés de liberté et d’une puissance de calcul impressionnante. Des démonstrations spectaculaires comme le match de boxe entre humanoïdes Unitree ont marqué les esprits, illustrant l’avancée rapide de la robotique chinoise.

Le semi‑marathon humanoïde à Pékin

En avril 2025, 21 robots humanoïdes ont participé à un semi‑marathon distinct des coureurs humains. Malgré plusieurs chutes, le robot Tien Kung Ultra a terminé la course en 2 h 40, devenant le premier humanoïde à franchir la ligne d’arrivée. L’événement visait à stimuler l’intérêt du public et à renforcer la confiance dans les capacités robotiques.

Test urbain : le robot agent de circulation “Xiao Hu”

À Shanghai, un robot humanoïde nommé Xiao Hu a été testé pour réguler les flux piétons à une intersection très fréquentée. Équipé d’un uniforme et capable d’émettre des ordres vocaux ou gestuels, il illustre les possibilités d’intégration des robots dans les services publics urbains.

Missions industrielles et sociales : entre promesse et précaution

Une vision de complémentarité

Les autorités chinoises insistent sur le fait que les humanoïdes ne visent pas à remplacer les travailleurs, mais à accroître la productivité et intervenir dans des environnements dangereux ou difficiles, comme l’exploration sous-marine ou spatiale. Le semi‑marathon, séparant humains et robots, symbolise cette vision d’un futur collaboratif.

Applications industrielles en pleine expansion

Dans les secteurs manufacturiers, les robots humanoïdes commencent à remplacer certaines tâches répétitives, d’inspection ou de manutention. Leur précision et leur capacité à travailler en continu promettent une transformation majeure des chaînes de production.

Enjeux éthiques et internationaux

L’essor de la robotique chinoise se déroule dans un contexte de rivalité technologique internationale. Pékin promeut la création d’une organisation mondiale dédiée à la coopération en intelligence artificielle et robotique, tout en cherchant à établir ses propres standards technologiques. Les risques de surcapacité industrielle et de compétition interne trop intense demeurent.

Perspectives à moyen et long terme

Objectifs d’ici 2030

La Chine vise une indépendance technologique accrue et l’émergence de leaders mondiaux dans la robotique et l’intelligence artificielle d’ici 2030. Les projections estiment que des milliards d’humanoïdes pourraient être déployés dans les décennies à venir pour des usages dans la santé, la logistique et les services.

Accessibilité et démocratisation

Des modèles comme le R1 d’Unitree, proposé à moins de 6 000 USD, rendent la robotique humanoïde accessible aux petites entreprises, aux développeurs indépendants et aux institutions éducatives. Ce positionnement devrait accélérer la diffusion de ces technologies, tout en posant des défis liés à la fiabilité et à la sécurité.

Technologie et standardisation

Les initiatives open source, comme celles d’AgiBot, favorisent la collaboration entre chercheurs, universités et industriels. Ces efforts devraient permettre à la Chine d’imposer ses standards techniques au niveau mondial et d’accélérer l’adoption de robots intelligents dans différents secteurs.

Dans la course mondiale à la robotique, trois puissances se démarquent : la Chine, les États-Unis et le Japon. Chacune avance avec des ambitions distinctes, révélatrices de ses priorités économiques et sociétales

La Chine capitalise sur son plan « Made in China 2025 », visant à devenir le centre névralgique de la production robotique. Forte de plus de 140 milliards de dollars annoncés, Pékin mise sur la standardisation et la baisse des coûts pour inonder ses chaînes de montage, mais aussi sur des humanoïdes comme AgiBot ou Unitree R1, pensés pour être fabriqués en série et diffusés en open source. Son atout principal est la vitesse de déploiement, même si la dépendance aux semi-conducteurs étrangers reste un talon d’Achille

Outre-Atlantique, l’innovation est guidée par les géants privés. Tesla, Google ou Boston Dynamics injectent massivement du capital-risque dans la recherche, donnant naissance à des humanoïdes d’exception tels qu’Optimus ou Atlas. L’intégration poussée de l’IA offre des performances impressionnantes, mais les coûts demeurent élevés et freinent une adoption grand public encore limitée.

Le Japon, quant à lui, poursuit une tradition d’ingénierie tournée vers l’humain. Des robots emblématiques comme Honda Asimo ou le compagnon Pepper illustrent cette approche humaniste, centrée sur l’assistance, l’accueil et l’inclusion sociale, notamment face au vieillissement démographique. Les groupes Fanuc et Yaskawa, leaders de la haute précision industrielle, maintiennent une réputation d’excellence, même si le marché domestique évolue plus lentement.

Ainsi, trois modèles s’opposent : la Chine parie sur le volume, les États-Unis sur la rupture technologique, et le Japon sur l’acceptation culturelle. Le vainqueur ne sera pas forcément celui qui produit le robot le plus puissant, mais celui qui répondra le mieux aux besoins de sa population tout en exportant son savoir-faire. La prochaine décennie s’annonce donc décisive pour définir l’équilibre géopolitique de l’ère robotique globale et durable.

La Chine est en train de redéfinir son rôle dans la robotique mondiale. Grâce à des politiques ambitieuses, un écosystème dynamique et une volonté d’intégrer la robotique à la fois dans l’industrie et la société, elle s’affirme comme un acteur incontournable. Si des défis persistent en matière de régulation, de fiabilité et de concurrence internationale, les avancées récentes montrent que la robotique chinoise entre dans une phase de maturité qui pourrait transformer profondément notre rapport aux machines.

La Chine se concentre sur la production de masse, l’accessibilité et la diffusion rapide dans tous les secteurs. Les États-Unis misent sur l’innovation de rupture et des humanoïdes performants mais coûteux. Le Japon, pionnier historique, privilégie les robots sociaux et d’assistance, répondant à des besoins démographiques et culturels.

Parmi les modèles phares figurent AgiBot, conçu pour la production de masse et l’open source, Unitree R1, un humanoïde abordable destiné au grand public, et Tiangong, capable de performances physiques avancées comme la course et les sauts.

Les acteurs majeurs sont Boston Dynamics avec son humanoïde Atlas, Tesla avec le robot Optimus, et des laboratoires comme Google DeepMind, qui développent des IA de pointe intégrées à la robotique.

Le Japon utilise la robotique pour répondre au vieillissement de sa population et au besoin de main-d’œuvre dans les services. Des robots comme Pepper de SoftBank ou Asimo de Honda sont conçus pour interagir avec les humains dans des contextes domestiques, éducatifs et médicaux.

Les enjeux incluent la cohabitation homme-machine, la protection des emplois face à l’automatisation, la confidentialité des données collectées par les robots et la régulation de l’intelligence artificielle intégrée. Ces débats sont particulièrement vifs en Chine, où l’adoption rapide peut devancer la régulation.

La Chine est aujourd’hui leader en volume avec plus de la moitié des robots industriels installés dans le monde. Toutefois, le Japon conserve une expertise de pointe dans les robots de précision, tandis que les États-Unis dominent les solutions d’automatisation à haute valeur ajoutée.

D’ici 2030, la Chine ambitionne de déployer massivement des humanoïdes dans l’industrie et les services. Les États-Unis continueront de pousser les limites technologiques, tandis que le Japon renforcera la robotique sociale et d’assistance. Les experts estiment que les humanoïdes pourraient devenir omniprésents dans la logistique, la santé, et même les foyers.

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