Interview de Valéry Bonneau, auteur de « Mon collègue est un robot ».

Valéry Bonneau

Valéry Bonneau

Bonjour Monsieur Valéry Bonneau, pourriez-vous vous présenter à nos lecteurs ?

J’ai 42 ans, je suis, entre autre, écrivain. En 1998, j’ai passé un Master d’automatisation et il y a peu, j’ai décidé de combiner deux passions : robots et écriture en me plongeant dans « Mon collègue est un robot ».
 
Pourquoi avoir voulu écrire un roman sur les robots qui prennent peu à peu la place des hommes ?

Ce n’est pas à proprement parler un roman, dans la mesure où tous les robots décrits dans le livre, sont des robots qui existent déjà et sont opérationnels. On parle beaucoup de l’impact des robots sur l’emploi, mais en utilisant des grands chiffres, des grandes masses.
J’ai voulu écrire l’histoire des robots et de l’emploi, à hauteur d’homme.
On suit donc un personnage qui, en 2016, cherche du travail et se trouve confronté, partout, où il va, à des robots.
L’angle final est venu en regardant le documentaire « Human Need Not Apply »
 
Que pensez-vous de ces premiers robots au Japon qui accueillent les clients dans des boutiques ou des hôtels ?

A chaque fois, il me semble que la prouesse technique, les conséquences inouïes à court terme, sont masquées par le côté communication : « Wow, génial, un hôtel avec des robots ».
Pour moi, c’est le futur qui s’installe aujourd’hui et certains robots comme Relay de Savioke interviennent déjà dans de nombreux hôtels sans qu’on en est tant parlé.
Le livre est aussi né de ce décalage entre la réalité et la perception qu’en a le grand public. Pour la plupart des gens « ce n’est pas près d’arriver » alors que c’est déjà là.

Pensez-vous qu’un jour, les humains auront des relations sexuelles avec des robots, comme le prédisent certain ?

Cliquez pour voir la vidéo

Cliquez pour voir la vidéo

Certains ont déjà des relations sexuelles avec des machins en plastique sur lesquels on a placé deux yeux, une bouche. Alors feront-il l’amour avec des robots ? Sans aucun doute !
Ferez-vous l’amour avec Roxxxy ou Rocky de l’entreprise True Companion que j’évoque dans le livre ? A priori non, car ils sont encore très plan plan, mais dans les laboratoires, il y a déjà des robots moins repoussants. On y viendra sous une forme ou sous une autre. En masse ou pas, ça dépendra de la société elle-même.
 
L’avenir des robots passe t-il à vos yeux par leur inévitable « humanisation » esthétique ?

Dmitry Grishin, investisseur dans la robotique, a une définition intéressante : « Tant qu’on ne sait pas ce que ça fait, on dit que c’est un robot. Dès que l’usage est clarifié, compris, généralisé, on parle d’aspirateur, de thermostat, de GPS… »
Je pense que les deux vont cohabiter.
Le robot humanoïde très ressemblant est pour l’instant plutôt tourné vers les aides à la personne. Mais pour s’intégrer complètement, dans tous les domaines, il devront clairement nous ressembler de plus en plus.
Après, les humains n’aiment pas prendre un robot pour un humain. Il y a un sentiment de trahison. Mais là aussi, et comme sur tous les sujets, les robots vont nous pousser dans nos retranchements sur tous ces sujets de société.

Sur quels faits vous-êtes-vous basé pour écrire votre roman ?

J’ai parcouru des dizaines de sites sur la robotique pour avoir une vue d’ensemble à jour.
Ensuite, j’ai lu des centaines d’articles sur des robots bien précis. Chaque fois que je tapais « robot + un nom de métier », je trouvais un ou plusieurs robots déjà en place.
Enfin, j’ai inventé cet homme, un peu paumé, qui cherche du travail en 2016 et qui va de désillusion en désillusion.
Qui va boire pour oublier sa situation et se retrouve dans un bar avec un robot barman. Se fait opérer par un robot et voit ses possibilités de travailler se rétrécir.
Le tout sur un ton léger et, je l’espère, drôle.
 
Votre mot de la fin ?

Même si le livre est assez cash : la disparition de la civilisation du travail, j’aime les robots et je n’ai pas peur d’eux. Au contraire, ils sont une opportunité unique pour régler beaucoup des problèmes a priori insolubles que nous affrontons : nourriture, pauvreté et in fine, bien être mondial.
Mais dans un pays, dans un monde, où les hommes politiques parlent de « réindustrialiser » à l’heure des robots, le danger vient clairement des humains !

Propos recueillis par Laurent Amar

MagCover
MagCover
Partenaires
Partenaires
Partenaires
Partenaires
Partenaires
Partenaires